// suède sans pétrole


La Suède s’est engagée à se passer de pétrole d’ici 2020 !
C’est sur cette phrase pleine d’espoir que s’achevait notre interview de Renaud Richard, la semaine dernière.
Se passer de pétrole signifie être en mesure, d’ici 15 ans, de proposer systématiquement une alternative renouvelable aux énergies fossiles, à un prix plus attractif.
La Suède, où 26% de l’énergie primaire est d’ores et déjà d’origine renouvelable (contre 7% en France), utilisera notamment des incitations fiscales à destination des particuliers, tant sur l’habitat que sur les transports (véhicules verts détaxés et bénéficiant de parkings gratuits, biocarburants bon marché, péages urbains, etc) et s’appuiera sur un ambitieux plan de R&D, doté de 87,5 millions d’€ par an.
Certains diront qu’il ne s’agit que d’un pays de 9 millions d’habitants, dont il sera difficile de suivre l’exemple. D’autres leur répondront qu’une telle politique énergétique est particulièrement ambitieuse dans un pays où il fait si froid et où le soleil est rare pendant la moitié de l’année… Chez Good-news, il nous semble que la meilleure leçon à tirer de la politique suédoise est sa capacité à fédérer les habitants, industriels, universitaires, agriculteurs et constructeurs automobiles du pays autour d’un projet fort et à mettre en avant cette ambition sur la scène internationale. Une belle idée de programme pour nos présidentiables de 2007, non ?

Quand la hausse du prix du pétrole sert l’écologie
Ne vous y trompez pas : le gouvernement suédois n’a pas abandonné toute raison au profit de valeurs écologiques. Comme l’a dit Mona Sahlin, ministre suédoise du développement durable, il s’agit de réduire « l’impact des fluctuations des prix du pétrole, qui ont triplé depuis 1996 ». Des prix qui sont condamnés à augmenter durablement, compte-tenu de la dépletion annoncée du pétrole, de -3,6% par an à partir de 2015 (1).
En 2005, en France, malgré une consommation énergétique assez bien maîtrisée (+0,3% pendant que le PIB progressait de +1,4%), la facture énergétique a ainsi augmenté de près de 35%. Des chiffres qui incitent à agir…
Pourtant, alors que l’Europe s’est fixé pour objectif de porter la part des énergies renouvelables à 12% en 2010, le dernier Baromètre européen des énergies renouvelables annonce que seuls 5 pays l’atteindront : la Lituanie, la Suède, la Finlande, l’Autriche et le Portugal.
La France est bonne élève sur l’électricité (14% d’origine renouvelable) et le chauffage (19%), mais pêche largement sur les carburants (seulement 1% d’origine renouvelable). Alors comme nous ne nous laissons pas abattre, voyons comment carburer vert malgré tout :


Comment carburer “vert” ?
Le GPL (gaz de pétrole liquéfié) :
Comme son nom l’indique, le GPL est un dérivé du pétrole et n’est donc pas une bonne solution à terme. Toutefois, il est moins polluant que l’essence ordinaire, engendre moins d’usure du moteur, produit moins de bruit et de vibrations, offre une grande souplesse de conduite… et est presque 2 fois moins cher que son aîné (0,68€ le litre). Plus de 50 modèles de voitures particulières existent, et bénéficient d’un réseau de 2000 stations-service (que vous pouvez visualiser en cliquant ici).
Le GNV (gaz naturel de ville) :
Le gaz naturel est une énergie fossile (= disponible en quantités limitées), mais l’une des plus abondantes au monde. Ce n’est donc pas encore la solution parfaite mais, en plus des qualités du GPL déjà évoqués, il offre l’avantage d’être distribué par GDF dans la majorité des foyers français. La voiture peut donc directement être alimentée par ce réseau, moyennant l’achat d’un compresseur. En terme de prix, 1 litre équivalent essence vaut 0,80€. Une quinzaine de modèles hybrides essence/GNV sont proposés aux particuliers en France.
Les biocarburants :
Ce sont les carburants d’origine agricole. Ils peuvent être issus de plantes oléagineuses comme le colza ou le tournesol (Diester), d’alcool (bioéthanol) ou de la fermentation des déchets organiques (biogaz).
Vous en consommez sans le savoir puisque les 2 premiers sont obligatoirement incorporés à l’essence ordinaire (à hauteur de 0,83% aujourd’hui, avec un objectif de 7% pour 2010), mais aucun réseau de distribution de carburant à dominante « bio » ne se développe en France, sous la pression de nombreux lobbies, tant industriels (les moteurs actuels ne supportent pas plus de 10% de biocarburant) qu’écologistes (risque de pollution si les pratiques agricoles en amont utilisent de manière intensive engrais et pesticides).
La solution la plus consensuelle serait plutôt à chercher du côté du biogaz, issu de la fermentation naturelle des déchets, donc disponible un peu partout en France. La communauté urbaine de Lille, qui a pris la tête du projet européen Biogasmax, fera rouler ses 150 bus au biogaz dès l’année prochaine !
Les moteurs électriques :
Contrairement aux moteurs thermiques, leur fonctionnement n’émet aucun polluant. Leur bilan écologique dépend surtout de la manière dont l’électricité est produite.
Compte-tenu de la faible autonomie des batteries courantes (environ 80 km) et des efforts qui restent à consentir avant de produire en série des piles à hydrogène, la plupart des constructeurs mise aujourd’hui sur les moteurs hybrides (électrique et thermique), qui récupèrent l’énergie de freinage pour recharger les batteries. Toutefois, on s’accorde à dire que dans 10/20 ans, les piles à hydrogène rafleront 20 à 25% du marché.
Pour en savoir plus avant de choisir votre solution, cliquez ici !
Pour connaître la liste des véhicules « verts » disponibles en France, cliquez là !
Sources :
(1) La vie après le pétrole : de la pénurie aux énergies nouvelles, de Jean-Luc Wingert aux éditions Autrement (2005)
Le « Marshall » suédois, par André Ruwet, en édito d’Imagine n°54, mars/avril 2006
Le gouvernement accélère le développement des biocarburants, par C. Seghier pour Actu-Environnement, 03/03/06
Consommation énergétique française 2005 : peut mieux faire, par C. Seghier pour Actu-Environnement, 26/04/06
2005 est marquée par un fort développement des filières d’énergies renouvelables en France, par C. Seghier pour Actu-Environnement, 07/02/06
Des objectifs, mais non chiffrés, pour les énergies renouvelables en Europe, par Sylvie Touboul pour Novethic, 04/04/06
A quoi va-t-on rouler demain ? , par Marion Msika-Jossen et Rémi Pietton pour France2.fr, le 03/11/05
Photos :
Photo 1 : © Stephanie Bandmann – FOTOLIA
Photo 2 : © Richard Gerstner – FOTOLIA
Photo 3 : © Corinne Matusiak – FOTOLIA
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Le paradoxe du biogaz me semble être dans la nécessité d’avoir des déchets et de les stocker. Hors si on consomme mieux et qu’on réduit nos déchets, la production de biogazs, toutes choses égales par ailleurs, devrait diminiuer, non? Alors que si on pratique une agriculture saine (bio), tout le monde me semble gagnant à utiliser du carburant issu de ce mode-là.